Le pian

Eradiqué en 2020 ?

Le pian, qui appartient, avec le bejel et la pinta, aux tréponématoses endémiques, est une maladie tropicale négligée qui atteint la peau, les os et les cartilages. Il est  provoqué par une bactérie appartenant au même groupe que la syphilis vénérienne (Treponema pertenue, sous-espèce de  T. Pallidumun) et sévit dans toutes les zones de forêt tropicale.

Le pian se transmet par contact direct (de personne à personne) non vénérien avec l’exsudat d’une lésion présente chez une personne infectée. La plupart des lésions touchent les membres. La lésion qui résulte de ce contact initial est remplie de bactéries. Le contact avec ce liquide, notamment dans le cas des jeunes enfants (surtout entre 6 et 10 ans) qui jouent ensemble et subissent des traumatismes mineurs, conduit à la transmission de l’infection. Cette maladie concerne les populations les plus défavorisées. La période d’incubation dure de 9 à 90 jours (21 jours en moyenne).

Le diagnostic se fait essentiellement sur la clinique :

On observe deux phases principales dans la maladie: la phase précoce (infectieuse) et la phase tardive (non infectieuse).

  • La phase précoce qui dure 3 à 6 mois est contagieuse. Elle est constituée d’ulcérations et de papillomes humides « en framboise » avant de guérir spontanément. Des douleurs et des lésions osseuses peuvent aussi intervenir pendant la première phase.
  • La phase suivante est composée de lésions sèches et non contagieuses qui évoluent dans 10% des cas vers la phase tardive.
  • Celle ci  se manifeste environ cinq ans après l’infection initiale et se caractérise par des mutilations du nez et des os et par un épaississement des paumes et de la plante des pieds (hyperkératose palmo-plantaire) qui sont très invalidants.

Il est possible d’éradiquer le pian puisque les êtres humains sont le seul réservoir de la maladie. Des programmes de traitement de grande envergure, couvrant l’ensemble des populations à risque moyennant l’administration d’azithromycine par voie orale, permettront d’interrompre la transmission et d’éliminer la maladie dans une zone donnée.

Ce traitement est relativement bien toléré (17 % d’effets secondaires peu intenses à type de diarrhées, nausées, vomissements). Aucune émergence de résistance aux macrolides n’a été observée.

L’OMS va lancer des opérations de grande envergure avec ses partenaires en vue d’éradiquer le pian.
La fourniture d’azithromycine en quantités suffisantes, la possibilité de disposer d’un test de diagnostic rapide et un financement approprié seront essentiels pour assurer la mise en œuvre  des activités visant à atteindre cet objectif fixé pour 2020.

Une étude récente, menée en Papouasie Nouvelle Guinée [1], montre l’efficacité de cette stratégie qui va être maintenant développée aussi dans plusieurs pays africains.

Par Christian Mongin, médecin, Paris

[1] N Engl J Med 372;8 nejm.org february 19, 2015