SIDA et prévention de la transmission lors des soins

Par Marie-José Krending et Chantal Sadik

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Sida : prévention de la transmission lors des soins

par Marie-José Krending et Chantal Sadik

Parmi les infections susceptibles d'être transmises par le sang on comptait jusqu'ici surtout l'hépatite B, l'hépatite non A non B, les fièvres hémorragiques virales et quelques maladies parasitaires. Avec les rétrovirus (HIV/VIH*, HIV2/VIH2**), un nouveau groupe important à mode de transmission semblable a fait son apparition.

* HIV : Human immunodeficiency Virus. Nom Anglais du virus du SIDA
VIH virus de l'immunodéficience humaine. Nom Français du virus du SIDA
** HIV2/VIH2 : deuxième rétrovirus lié au VIH et associé au SIDA

La prévention portera sur les risques :

  • de transmission au personnel lors des soins,

  • d'infection hospitalière des malades.

Depuis la description du SIDA en 1981, 81.433 cas ont été déclarés à l'OMS au le, mars 1988. Il s'agit des cas de SIDA avérés et annoncés. On estime qu'ils ne constituent que 1 % environ de toutes les personnes infectées par le virus, qui sont donc vraisemblablement plusieurs millions. Jusqu'en 1984, ces patients n'étaient l'objet d'aucune précaution spéciale car l'origine infectieuse de la maladie n'était pas bien connue.

Bien que des mesures particulières aient été recommandées depuis 1984 pour les malades séropositifs ou appartenant à des groupes à risque, il est certain, étant donné l'incidence croissante de l'infection, que de nombreux patients séropositifs ont été traités sans que leur état soit connu et donc sans que ces précautions particulières ne soient prises.

Alors que des dizaines et même des centaines de milliers de personnes ont donné des soins à des patients séropositifs, seulement 9 cas de contamination de personnes soignant des malades atteints de SIDA ont été recensés dans le monde

  • 5 cas après exposition parentérale (piqûres ou blessures), et 4 cas de contaminations cutanéo-muqueuses - ce qui signifie que la transmission du HIV/VIH au personnel soignant existe mais qu'elle est très faible et certainement extrêmement faible en l'absence de blessure.

Pour les malades séropositifs, les risques d'infection lors des soins sont liés d'une part aux transfusions de sang non contrôlées et d'autre part à l'utilisation de matériel non stérile. Beaucoup de pays ne disposent pas d'une banque de sang opérationnelle où le sang est testé. Les besoins de sang en cas de chirurgie ou de maladie sont généralement couverts par la famille au fur et à mesure des besoins, et le dépistage sérologique est trop coûteux pour être utilisé systématiquement.

Pour prévenir la transmission du HIV/VIH tant dans le personnel que chez les malades, la seule stratégie envisageable est l'application

de mesures préventives pour chaque patient, considéré comme potentiellement infectieux.

En effet, les tests systématiques pour tous les patients hospitalisés (ou pour certains groupes de patients) permettraient d'identifier la plupart des porteurs, de limiter les contacts à risque et de donner des conseils de prévention mais dans la pratique une telle méthode est inapplicable et son coût est trop élevé. Cette analyse ne permettrait pas de connaître les patients porteurs d'autres maladies transmises par le sang justifiables des mêmes précautions. Il n'existe actuellement pas de test fiable à 100 % (il y a toujours un risque de faux négatifs et de faux positifs), et pas de méthode rapide utilisable sur une grande échelle. De plus, dans la majorité des pays occidentaux, on insiste sur le fait qu'il ne faut pas faire le test à l'insu des patients, qu'il faut donc toujours demander leur accord préalable. Cela rendrait encore plus compliqué un test systématique.

L'application de mesures de prévention à tous les patients est plus sûre et présente moins d'inconvénients. Ces mesures sont connues de l'ensemble du personnel soignant car elles sont mises en oeuvre depuis longtemps pour la prévention des infections hospitalières et des maladies transmises par le sang. Il est évident qu'elles doivent être strictement et correctement appliquées. Cette stratégie n'entraîne donc pratiquement pas d'augmentation de coût ni de surcroît de travail.

Recommandations pratiques pour la protection du personnel

1. Application stricte des mesures d'hygiène lors de tous les soins et vis-à-vis de tous les malades.

• Lavage des mains entre chaque malade et après chaque contact avec du sang ou des liquides biologiques.

• Changement de blouse, si elle est souillée avec du sang ou des liquides biologiques.

• Pansement occlusif sur les plaies ouvertes des mains même s'il s'agit de petites plaies.

• Désinfection immédiate (alcool à 70° ou désinfectant) en cas de souillure avec du sang (même de très petites gouttes).

2. Si possible, port de gants de protection dans les situations où l'on peut prévoir un contact direct avec le sang du patient ou ses liquides biologiques, qu'il soit connu comme étant séropositif ou non. Indispensable en cas de manoeuvres très sanglantes (intervention chirurgicale, accouchement, césarienne, etc. ).

3. Si possible, port de masque et de lunettes s'il existe un risque de projection de sang ou de liquides biologiques.

4. Prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de se blesser avec le matériel d'injections ou les instruments (en particulier, ne pas recapuchonner les aiguilles).

5. Désinfecter le matériel de soins ou les instruments utilisés, par trempage dans un désinfectant avant toute action de nettoyage ou de rinçage.

6. En cas de blessure ou d'exposition d'une muqueuse à du sang ou des liquides biologiques, procéder immédiatement à un rinçage suivi d'une désinfection (alcool à 70° ou désinfectant).

7. Les dentistes doivent appliquer les mêmes précautions.

8. Au laboratoire, le sang et les liquides doivent tous être considérés comme potentiellement infectieux et les mêmes précautions doivent être prises. Le pipetage à la bouche doit être proscrit et remplacé par l'utilisation d'une poire en caoutchouc ou d'un autre moyen similaire.

9. Lors des autopsies les mêmes précautions doivent être prises vis-à-vis des cadavres.

Recommandations pratiques vis-à-vis des malades

1. Si les tests de dépistage sont disponibles (technologie et argent!), ils doivent être appliqués en priorité aux donneurs de sang, car la transfusion de sang de donneurs séropositifs représente un risque grave pour les receveurs. Il

faut impérativement éviter les transfusions de sang si le pronostic vital du patient n'est pas en jeu.

2. Lors de tous les accouchements, césariennes et fausses-couches, l'état sérologique de la femme n'étant souvent pas connu, les annexes et le placenta doivent être considérés comme infectieux. Ils doivent être manipulés et éliminés avec précaution. A noter que, même dans les cas où la mère est connue pour être séropositive, l'OMS recommande expressément l'allaitement de l'enfant par sa mère. Le risque de maladie et de mort de l'enfant en cas d'allaitement artificiel est de toute manière bien plus élevé que celui d'un hypothétique risque de contamination par le virus HIV/VIH.

3. Application des mesures d'hygiène lors de tous les soins et vis-à-vis de tous les malades (comme ci-dessus).

4. Tout le matériel qui pénètre par effraction sous la peau (injections, interventions chirurgicales, etc. ) ou dans des cavités stériles (sondages, endoscopies) doit être stérile (voir Déueloppement et santé n° 51). Seules les injections strictement nécessaires pour le traitement seront pratiquées.

5. Les méthodes habituelles de désinfection sont généralement efficaces vis-à-vis du HIV/ VIH (voir Développement et santé nos 53 et 55). Tout le matériel qui n'a pas besoin d'être stérile (qui ne pénètre pas sous la peau) sera désinfecté avant de passer d'un malade à un autre.

6. Le matériel des dentistes subira le même traitement (désinfection, stérilisation).

Conclusion

La possibilité de transmission du HIV/VIH au personnel existe mais elle est très faible et certainement extrêmement faible en l'absence de blessure. Les techniques de soins aseptiques et le respect des règles d'hygiène sont suffisants pour protéger efficacement le personnel hospitalier, même avec un nombre croissant de patients séropositifs connus ou non. Les malades sont également protégés d'une contamination lors des soins par ces mêmes mesures générales et banales d'hygiène, par une stérilisation correcte des instruments, par la limitation des injections et des transfusions, en ce qui concerne ces dernières, il est bon de rappeler que " toute transfusion sanguine qui n'est pas formellement indiquée est formellement contre-indiquée ".