Médicaments et grossesse

Par Marie-Louise OMANGA Pédiatre, hôpital d'Amiens, France

Publié le

La plupart des médicaments administrés à la mère parviennent au fœtus et peuvent avoir un effet nocif direct sur la vie fœtale ou indirect en modifiant le métabolisme maternel ou les échanges materno-fœtaux.
Cela dit, toute médication n’a pas un effet néfaste sur la gestation, ce qui explique que certaines substances médicamenteuses (oligo-éléments, vitamines, vaccins…) soient indispensables, leur carence déterminant, au contraire, diverses anomalies ou malformations fœtales.

I. Effets nocifs

Les conséquences de l’action toxique d’un médicament sont de gravité variable, allant d’une anomalie passagère, comme une altération transitoire des mouvements respiratoires, à la mort fœtale.

Cette extrême variabilité d’effets dépend de nombreux facteurs dont l’un des principaux est l’âge de la grossesse lors de l’administration médicamenteuse.
C’est ainsi qu’au cours du premier trimestre, pendant l’organogenèse, il y a un maximum de risques de malformations anatomiques et d’avortements. A partir du 4ème mois et jusqu’au 9ème mois, période de maturation des organes, un médicament peut être toxique, entraînant un retard de croissance intra-utérin (RCIU) ou un déséquilibre fonctionnel générateur à la naissance de difficultés de l’adaptation néonatale (voit tableau).

II. Effets bénéfiques

Ils sont surtout indirects : tous les médicaments permettant d’équilibrer un trouble grave chez la mère ont un effet bénéfique pour le fœtus : anti-infectieux, anti-hypertenseurs, anti-épileptiques, anti-anémiques…
Ils peuvent cependant créer un nouveau risque fœtal qui n’est acceptable que s’il est inférieur à celui de la maladie maternelle.

Il est utile d’insister sur les points suivants :

1. La vaccination antitétanique

La protection contre le tétanos néonatal tient avant tout aux règles d’hygiène habituelles et à la qualité des soins du cordon ombilical. Certaines pratiques traditionnelles des soins du cordon sont dangereuses. La vaccination de la mère pendant la grossesse apporte donc une sécurité supplémentaire. L’OMS a donc inclus, dans le programme élargi de vaccination, l’injection de deux doses d’anatoxine tétanique à la mère pendant la grossesse.

2. Les antianémiques

Le fer et l’acide folique

L’anémie augmente les risques de prématurité et de petit poids et aggrave les conditions d’accouchement et les suites de couches. Les carences en acide folique pourraient s’accompagner de malformations fœtales du système nerveux central. Il serait donc souhaitable de promouvoir une éducation nutritionnelle des populations, d’enrichir en fer les aliments locaux et de supplémenter les femmes enceintes.

3. Les anti-infectieux

Les antibiotiques

En cas d’infection confirmée pendant la grossesse, une antibiothérapie doit être instaurée en se référant aux médicaments les moins nocifs et les plus adéquats (amoxicilline).

Les antipaludéens

En milieu endémique, une crise de paludisme doit être traitée. Les antipéludéens d’usage courant sont les amino-4-quinoléines (amiodaquine, chloroquine) ou la quinine, en sachant que ces produits ne sont ni tératogènes ni abortifs.

Effets nocifs liés à l'absorption de substances médicamenteuses par la mère
Classes de médicament Effets nocifs
Neurotropes - Antiépileptiques (sauf phénobarbital) - Benzodiazépines - Narcotiques et opiacés - Anesthésiques - Malformations - Peu toxiques en cure courte - Hypotrophie, syndrome de sevrage - Dépression respiratoire néonatale
Traitements hormonaux - Hormones sexuelles - Antithyroïdiens - Virilisation chez la fille - Féminisation chez le garçon - Goitre néonatal - Crétinisme, hypothyroïdie
Antibiotiques - Tétracyclines - Sulfamides - Inhibiteurs de la croissance du squelette - Malformations osseuses - Coloration des dents de lait - Dangereux en fin de grossesse
Anti-inflammatoires - Salicylés : aspirine - Indométacine - Malformations cardiaques, du squelette ou du système nerveux central - Hémorragies en fin de grossesse - Prolongement de la gestation Fermeture prématurée du canal artériel pendant la vie fœtale
Antidiabétiques oraux Malformations
Anticoagulants Mort fœtale ou hémorragies
Vaccins vivants : antipoliomyélitique oral Mort fœtale ou lésions neurologiques
Drogues sociales - Alcool - Tabac Embryopathie alcoolique Retard de croissance intra-utérin

Conclusion

Pendant la grossesse, aucun médicament ne doit être considéré comme anodin, les données sont insuffisantes pour de nombreux médicaments.
Le corps sanitaire doit :

  • lutter contre l’automédication,
  • informer sur les règles d’hygiène de vie,
  • prescrire, quand ils sont nécessaires, les médicaments piur lesquels on dispose de données précises chez la femme enceinte,
  • éviter de prescrire de nouveaux médicaments,
  • et promouvoir toutes les substances bénéfiques (oligo-éléments, vitamines, vaccins) pendant la grossesse.