Oxyuroses infantiles

Patrice Bourée Consultation des Maladies Parasitaires, Institut Alfred Fournier Paris, France

L’oxyurose est une helminthiase cosmopolite, mais plus fréquente en zone tempérée qu’en zone tropicale, ce qui est dû sans doute au fait qu’en climat chaud et humide, bon nombre d’enfants sont peu vêtus et souvent en train de jouer dans l’eau.

I. Epidémiologie

L’oxyure ou Enterobius vermicularis, est un petit nématode blanc de 1 cm de long environ, situé dans le caecum. L’infestation s’effectue par ingestion des œufs portés à la bouche par les mains sales, doigts ou objets sucés, ou avec les aliments. Localisées dans le caecum, les femelles parcourent le côlon pour aller pondre leurs œufs au niveau de la marge anale, phénomène responsable du prurit anal. Après contact avec l’anus, les doigts sont infestés, l’enfant va se recontaminer en portant les doigts à sa bouche. En outre, l’enfant va contaminer les autres par les jeux collectifs.

Cycle de l'oxyure

Chaque femelle pond environ 10 000 œufs par jour. Or ces œufs, contenant la larve déjà formée dès la ponte, sont directement infestants. Ceci explique la rapidité de diffusion de cette parasitose strictement humaine.

II. Clinique

En cas de pauci-infestation, l’oxyurose reste cliniquement latente. Mais souvent les troubles sont digestifs avec un retentissement sur le comportement général. Les troubles digestifs sont communs à tous les parasites : douleurs abdominales, nausées ou vomissements. Au pire, peut survenir une appendicite avec parfois la sortie des oxyures par la cicatrice d’appendicite.

Le prurit anal nocturne est l’élément pathognomonique. Il est d’intensité variable et discontinue et peut entraîner des lésions de grattage, mais surtout provoquer une insomnie et des cauchemars. Ces enfants deviennent donc « grognons », irritables et un peu somnolents pendant la journée, avec un retentissement sur le comportement scolaire. Une énurésie peut apparaître à cette occasion.

Chez la fillette, un prurit vulvaire est parfois constaté, s’accompagnant de vulvo-vaginite avec leucorrhées et cystites. Des rêves érotiques ont été rapportés chez des fillettes chez qui des oxyures ont été retrouvés au niveau de la vulve.

III. Diagnostic

Le diagnostic est parfois évoqué par la mère ayant remarqué la présence de nombreux petits vers blancs dans les selles, ou restés sur la marge anale et découverts au cours de la toilette.

Les œufs caractéristiques (50 x 30 µ, ovoïdes, asymétriques, incolores, embryonnés) sont parfois retrouvés à l’examen parasitologique des selles, mais beaucoup plus fréquemment sur le scotch-test anal.

Oeufs d'oxyure (scotch test)

Cet examen, simple, consiste à appliquer un morceau de cellophane adhésive sur la marge anale, le matin avant la toilette, puis à le coller sur une lame, permettant sa lecture au microscope. En cas d’appendicectomie, les vers sont facilement  identifiés, avec les crêtes latérales.

L’hémogramme est normal ou montre une hyperéosinophilie modérée. Il n’y a pas de sérodiagnostic.

IV. Traitement

Les sels de pipérazine sont tombés en désuétude, car ils avaient quelques effets secondaires : convulsions, négativité de la cutiréaction. Il en est de même du Povanyl® qui colorait les selles en rouge et tachait le linge de corps. Les traitements actuels sont : le flubendazole  (ou le mébendazole dans certains pays) et l'albendazole (tableau). Ces produits sont efficaces et bien tolérés, mais doivent absolument être associés aux mesures d’hygiène. La plupart des «échecs thérapeutiques» sont, en fait, le résultat d’une recontamination en raison de mesures d’hygiène incomplètes.

Traitement de l'oxyurose
Nom chimique Présentation Posologie (* prise unique)
Pamoate de pyrantel Suspension à 5 % Comprimés à 125 mg et 250 mg 1 cp ou 1 cuillère à café pour 10 kg
Flubendazole Suspension à 25 mg/ml Comprimés à 100 mg 1 cp ou 1 cuillère-mesure
Mébendazole Suspension à 20 mg/ml Comprimés à 100 mg 1 cp ou 1 cuillère-mesure
Albendazole Suspension à 4 % Comprimés à 400 m 1 cp ou 1 flacon de 10 ml (400 mg/ml) Enfant < 2 ans : 1/2 flacon (= 200 mg)

Voir aussi le module "Parlons des parasitoses"