Non, les vaccins ne sont pas dangereux !

Philippe Reinert Pédiatre, Créteil

Dans de nombreux pays, se manifestent des ligues anti-vaccins accusant le corps médical de cacher au grand public des complications graves : elles conseillent aux parents de refuser toute vaccination et de laisser faire la bonne nature.
Internet est un moyen puissant pour diffuser ces contre-vérités. Récemment, en France, un chirurgien, le professeur Joyeux, qui ne s’était jamais intéressé à la vaccination, a réussi à faire signer une pétition contre les vaccins à plus de 700 000 personnes !

Parmi les idées fausses : les maladies évitables par la vaccination sont quasiment éradiquées de mon pays, aussi il n’y a pas de raison de se faire vacciner : FAUX Cela a été vrai pour la variole, dont l’homme était le seul porteur. En vaccinant toute la planète, le virus a disparu, il n’y a plus aucun cas de variole depuis 1977 et ainsi, depuis 1980, il n’est plus nécessaire de vacciner (OMS). Le rêve du vaccinateur est donc de ne plus vacciner ! 

Le vaccin est-il dangereux ?

Pour toutes les autres maladies infectieuses évitables par la vaccination, dès que la couverture vaccinale baisse, la maladie réapparaît rapidement. Pour la poliomyélite par exemple, nous étions proches de la suppression de la vaccination quand un pays africain (le Nigeria) a cessé de vacciner une région. En quelques mois, des cas de paralysies poliomyélitiques sont survenus en Afrique et en Asie et des campagnes de vaccination de masse ont été nécessaires.

La forme injectable, faite de vaccins inactivés, ne présente aucun risque. En revanche, la forme buvable (SABIN), faite de vaccins vivants inactivés, remarquablement adaptée aux vaccinations de masse, expose à un risque de paralysie qui est de l’ordre de 1/250 000 vaccinés. Ce risque imprévisible est suffisamment grave pour ne vacciner que par la forme injectable dans un avenir proche.

La rougeole est une maladie bénigne que tout enfant doit avoir ! Ce vaccin est donc souvent refusé par les parents. En Grande-Bretagne, il a été accusé de provoquer l’autisme à la suite d’une publication dont l’auteur a été condamné pour tromperie. Le mal était fait et des milliers de rougeoles sont survenues en Europe, entraînant des dizaines de morts (signalons qu’il n’existe aucun médicament contre la rougeole). Quant aux risques de la vaccination, il est à peu près nul, en dehors d’une réaction fébrile possible entre le 7ème et 10ème jour.
Si nous baissons la garde de la vaccination, la maladie, oubliée, resurgit en quelques mois : plus de 20 000 cas de diphtérie en URSS après arrêt de la vaccination ; poliomyélite aux Pays-Bas, dans une communauté anti-vaccins. Pourtant, la Hollande est l’un des pays les mieux vaccinés…

On vaccine trop tôt nos enfants alors qu’ils sont encore fragiles : non !

Beaucoup de maladies infectieuses surviennent dès les premiers mois de vie : méningite, coqueluche, infections à pneumocoque ; pour les bébés nés de mère porteuse du virus de l’hépatite B, le seul moyen de les protéger est de les vacciner dès la naissance. Toutes les études ont montré que le nourrisson produisait des anticorps rapidement après la vaccination (souvent plus que l’adulte !) La tolérance des vaccins à cet âge est bonne. Seul le vaccin coquelucheux peut provoquer de la fièvre et exceptionnellement des convulsions. En revanche, il ne provoque pas de mort subite du nourrisson, qui survient à l’âge de la vaccination, expliquant certaines coïncidences troublantes.

Les vaccins contiennent des substances dangereuses, comme l’aluminium : non !

Depuis 1928, la plupart des vaccins doivent contenir des adjuvants pour améliorer leur efficacité. De nombreux adjuvants ont été testés. L’aluminium s’est montré le plus efficace et le mieux toléré ; plusieurs milliards de sujets l’ont reçu sans problème. Or, certains accusent l’aluminium de provoquer une maladie rhumatismale (myofasciite à macrophages), ayant trouvé de l’aluminium dans le muscle où une injection avait été effectuée. De nombreux malades atteints de cette affection n’ont pas été vaccinés.

Vaccin hépatite B et sclérose en plaques

A la suite d’une grande campagne de vaccination contre l’hépatite B, pour certains neurologues français, une recrudescence de sclérose en plaques fut observée, surtout chez les jeunes femmes. Plusieurs études épidémiologiques furent menées dans le monde : aucune n’établit de relation entre vaccination et sclérose en plaques.

La vaccination des infirmières et élèves infirmières fut obligatoire en France ; or c’est à cet âge que débute le plus souvent la sclérose en plaques : on comprend pourquoi un lien temporel puisse exister entre vaccination et sclérose en plaques. Malheureusement, il persiste en France une réticence contre ce vaccin (rappelons que les hépatites virales tuent plus que le VIH en Afrique !).

On vaccine trop nos enfants, et une injection peut contenir 6 vaccins, c’est dangereux : non !

Après de nombreuses études de tolérance et d’efficacité, on peut, en une seule injection, protéger contre 6 maladies : diphtérie, tétanos, poliomyélite, Haemophilus b, coqueluche et hépatite. Ainsi, au lieu d’effectuer 18 injections au cours de la première année, trois suffisent ! C’est évidemment un grand progrès (moins de piqûres pour l’enfant, gain de temps et moindre coût). Sur cette figure, on constate que chaque introduction d’un nouveau vaccin a entraîné une amélioration de la couverture vaccinale globale.

Une vaccination peut-elle provoquer des accidents graves ? Oui

Mais ils sont très rares. Les bénéfices qu’apportent les vaccins sont très supérieurs aux risques qu’ils comportent et sont négligeables si on les compare aux vies sauvées par la vaccination.
Ce sont surtout les vaccins viraux vivants qui peuvent provoquer des complications graves chez le sujet immunodéprimé : par le VIH à un stade avancé, par une chimiothérapie ou un déficit immunitaire congénital. Ce sont les vaccins contre la fièvre jaune, la rougeole, les oreillons, la rubéole et la varicelle.

Le problème des vaccins contre le rotavirus

Le rotavirus est le principal responsable de diarrhées graves chez l’enfant de moins de 5 ans. En Afrique, il est responsable de 230 000 morts par an et de plus d’un million d’hospitalisations.
Malgré la généralisation des techniques de réhydratation grâce aux SRO, la mortalité demeure très élevée. L’arrivée de vaccins vivants administrés par voie orale, entre 2 et 4 mois, en a révolutionné le pronostic. La diminution des gastro-entérites sévères a été de 80 % et celle de la mortalité de 90 %. De plus, la protection indirecte est évidente : si la couverture vaccinale est de l’ordre de 80 %, on assiste à une diminution importante des diarrhées à rotavirus chez les non vaccinés (effet altruiste des vaccins). En 2015, 75 pays ont inclus ce vaccin dans leur calendrier vaccinal. Un seul problème : il expose à un risque d’invagination intestinale aigüe (IIA) compris entre 1 et 5 cas/100 000 nourrissons.
Cette IIA survient particulièrement dans les 7 jours suivant la première administration du vaccin. Si les parents sont prévenus - survenue de vomissements, de cris inexpliqués, de changement brutal de comportement - le risque de mortalité par occlusion est quasi nul. C’est la raison pour laquelle toutes les instances internationales, considérant que le rapport bénéfice/risque est évident, recommandent la généralisation de ce vaccin… sauf les autorités médicales françaises en vertu du sacro-saint « principe de précaution».

Le vaccin contre la coqueluche

Il peut provoquer des malaises vagaux impressionnants mais sans conséquence, des pleurs incessants pendant 2 à 3 jours, très rares et sans gravité. Quant à la survenue de convulsions suivies d’épilepsie, elle est controversée. Enfin, il est toujours possible de voir survenir après une deuxième injection des réactions allergiques : urticaire, malaises, asthme, pouvant contre indiquer la poursuite d’un vaccin précis.

En pratique

La survenue, dans les jours qui suivent une vaccination, d’un événement (fièvre, éruption, convulsion, asthme etc.) est dans l’immense majorité des cas liée au hasard et sans aucun rapport avec le vaccin.
La vaccination, comme l’amélioration de l’hygiène et de la nutrition, est l’un des 3 facteurs qui ont révolutionné en 50 ans notre espérance de vie.
Selon l’OMS, on estime que 2 à 3 millions de morts sont évitées chaque année grâce à la vaccination. Et pourtant, actuellement, au moins 21,8 millions d’enfants ne bénéficient d’aucune vaccination. On vient aussi de constater que les pays touchés par Ebola ont été obligés « mettre en veilleuse » les campagnes de vaccination, en particulier contre la rougeole. On peut donc redouter une épidémie de rougeole dont on connait la gravité. (Après la rougeole, compte tes enfants, dit le proverbe).

Malgré les merveilleux résultats de la vaccination, il est désolant de voir sur Internet les campagnes de calomnies menées par des gourous qui ont de nombreux morts d’enfants sur la conscience !
L’0MS vient de publier (début septembre 2015) un rapport sur la mortalité infantile : elle a été divisée par deux en 25 ans (12,7 millions de morts de moins de 5ans en 1990 et 5,9 millions en 2015 (projections). Ces résultats s’expliquent par l’hygiène, l’amélioration de la nutrition et les progrès de la vaccination, et la généralisation des programmes élargis de vaccination (PEV). Il reste encore beaucoup de chemin à faire : on estime actuellement que 16 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque jour !